15
déc 11

La culture G est, avec le caractère, la meilleure arme pour réussir et préserver son indépendance

(Article initialement publié sur newsring.fr dans le cadre d’un débat intitulé « La culture générale est-elle devenue inutile ? ».)

La suppression de l’épreuve de culture générale au concours d’entrée à Sciences Po a relancé un vif débat autour de la place de la culture générale dans le système scolaire et plus largement, dans la société. Cette place est à mon sens essentielle et vous ne trouverez que des gens cultivés et bénéficiant de hautes positions sociales pour vous dire le contraire. C’est bien pour eux le meilleur des moyens pour protéger leur pré carré. C’est aussi le plus pervers.

La culture générale, c’est d’abord un plaisir. Pour mes soirées, je préfère aller à au théâtre que me taper trois « Enquêtes exclusives » sur Direct 8 (un sur les gangs dans les métros, la deuxième sur les diseuses de bonnes aventures, la troisième sur les nouvelles formes de prostitution). Mais pour apprécier le théâtre, encore faut-il avoir un certain bagage et un maximum de bases. La culture générale c’est donc d’abord un certain socle de connaissances théoriques, indispensable pour faire partie d’une certaine société. Mon père ne connaissant qu’un seul écrivain (Soljenitsyne – celui-ci n’étant pas d’ailleurs un écrivain mais plutôt un témoin), c’est l’école qui m’a permis d’emmagasiner ce bagage.

Mais la culture générale n’est pas qu’affaire de connaissance, elle est aussi affaire d’assimilation. C’est une chose que d’avoir un vernis pour briller en société. C’en est une autre de vivre « sa » culture générale, de développer un regard critique sur elle. C’est le temps et les rencontres qui permettent de forger cette vision. La culture générale est un paradigme bien plus fort est bien plus grand que « l’orientation » pour celui qui veut réussir. J’ai 22 ans, je suis diplômé de Sciences Po Paris, je n’ai aucun projet professionnel et j’espère ne jamais en avoir. Bien sûr, j’ai « bullshit-er » trois tonnes de projets de toutes les couleurs pour répondre aux différentes demandes de l’admirable administration de l’Institut d’Etudes Politiques, au cours de ma scolarité. Bien sûr, je prépare globalement des épreuves afin de devenir avocat. Mais, au-delà, je ne veux pas me définir par tel ou tel cabinet prestigieux, pour un jour être affublé de ridicules titres tels que « Junior Consultant » ou « Partner ». Les plus beaux titres sont ceux que l’on s’accorde soi-même. Et la réussite, elle est aussi affaire de rencontres. Il y a quelques mois, après la lecture d’un trés symptomatique article de la directrice de l’Ecole de Journalisme de Sciences Po (http://blog.slate.fr/labo-journalisme-sciences-po/2011/06/07/etudiant-journaliste-correspondant-international/), je tombais sur une émission de Michel Drucker consacrée à Bernard Pivot. Celui qui est devenu le plus célèbre journaliste littéraire du pays et qui a imprégné des générations de téléspectateurs racontait comment, sortant du CFJ, il voulait être journaliste sportif. Les stages à L’Equipe étant tous pourvus, on l’a envoyé en entretien avec le directeur du Figaro littéraire. Pivot n’a pas raconté que la littérature était sa grande passion. Le directeur, voyant qu’il n’y connaissait rien en bouquins en est venu à discuter de toute autre chose. Et, par hasard, il a découvert que la mère du jeune candidat produisait du vin, sa deuxième grande passion. Ils ont topé pour un stage, contre une caisse de bouteilles.

La culture générale, somme des éléments de langage d’une certaine société, est aussi, avec le caractère, la plus solide des armes pour réussir dans la vie. Elle est une capacité pour démasquer les impostures et sortir des sentiers battus. Depuis des mois, toutes les télés nous rabattent les oreilles avec « LA CRISE ». Du coup, 91 % des Français se déclarent inquiets ou résignés. Mais si vous n’aimez pas le chocolat, et que je vous dis que 99 % des Français aiment le chocolat, allez-vous pour autant vous mettre à en manger ? J’espère que non. La culture générale, c’est aussi ce qui vous donnera la force de comprendre qu’une crise peut être un formidable moment d’opportunités pour ceux sortent des sentiers battus. Et si on considère que la culture offerte à l’école ne permet pas suffisamment de faire face à la vie, au lieu de la supprimer, élargissons là ! La culture juridique fait elle aussi partie de la culture générale. En ce moment, beaucoup de gens ont du mal à trouver un logement à Paris. La plupart du temps, parce qu’ils n’ont pas les bulletins de salaire nécessaires (au moins le triple du loyer) pour obtenir le logement. Hors, en se serrant la ceinture, ils pourraient payer ce logement (et puis tout n’est peut être pas sur le bulletin ;-) ). Eh bien, s’ils avaient un minimum de culture juridique, ils ne se priveraient pas de donner à l’agence, un bulletin légèrement bidonné. Eh oui, l’usage du faux n’est pas en soi condamnée dans ce cas là. Encore faut-il créer un préjudice (ne pas payer le loyer par exemple) ! S’ils n’ont pas de culture juridique, ils peuvent toujours attendre que Jeudi Noir libère les centaines de milliers de logement inoccupés à Paris ;) Autant dormir dehors !

Et pour terminer sur cette faculté qu’à la culture générale d’aider les citoyens à conquérir leur indépendance sous toutes ses formes, je citerai ce dialogue de Jean Giono, dans Le Bonheur fou :

 » – Nous voulons de la place au soleil.

- C’est normal, mon garçon. Alors, fais du soleil au lieu de chercher à faire de la place. »


16
juil 11

Primaires citoyennes : un exercice difficile qui ne résoudra pas tout

Quelques mots sur les primaires citoyennes organisées par le Parti Socialiste (et peut-être le Parti Radical de Gauche).

Les primaires sont « citoyennes ». Ce mot marque la première étape du dépassement du Parti Socialiste et la fin du cycle d’Epinay.

En préambule, je voudrais dire que je reste pour l’instant réservé sur le dispositif choisi. Je m’interroge en particulier sur la question de l’égalité des candidats et de l’ouverture du processus : manque de débats et omniprésence des sondages ne vont pas dans le bon sens et contribuent à ternir cette procédure. Le verrouillage du débat par le projet socialiste est à mon sens un argument illégitime dans la mesure où les primaires ne sont pas « socialistes » mais « citoyennes » et seront visiblement co-organisées par le PS et le PRG. En ce sens, les six candidats, n’étant pas les porte-paroles de leurs partis, doivent pouvoir piocher dans les deux programmes et les deux philosophies, et même les dépasser afin d’exprimer des projets personnels abreuvés aux sources de la société civile, de leur expérience et de leur rencontre avec les Français.

Ensuite, mon avis sur les candidats. Je veux dire qu’il ne se fera pas en priorité et uniquement sur leurs propositions mais surtout sur leur parcours. Je trouve qu’il est préférable de juger sur une vie que sur des promesses, surtout compte tenu du cadre que j’ai rappelé précédemment.

A la dernière place de mon classement, Jean-Michel Baylet ne me semble avoir ni la crédibilité ni l’envie nécessaire pour représenter les citoyens de gauche à l’élection présidentielle. Sa candidature relève plus d’une stratégie de son parti politique qui souhaite s’inscrire dans le processus des primaires pour obtenir de la visibilité et des circonscriptions à court terme, et peut-être, personnalisation du système oblige, concourrir réellement à la présidentielle en recrutant une personnalité populaire venue de l’extèrieur (comme ils ont tentés de le faire avec Bernard Tapie par le passé).

A la cinquième place de mon classement, Martine Aubry est la seule qui a tous les éléments pour la fonction : des études de haut niveau (ENA), députée, ministre, chef de parti. Mais, c’est une « fille de » et ce n’est pas trop ma tasse de thé. De plus, sa personnalité n’est pas très entraînante et la coalition qui la soutien est si hétéroclite qu’elle peine à se forger une identité politique claire. Elle m’apparaît comme la candidate du passé, porteuse de tous les mauvais marqueurs de la gauche (35 heures, langue de bois…), une candidate dont le projet pourrait se révéler dangereux pour le pays dans un contexte de crise budgétaire.

En quatrième position, je retiendrais Ségolène Royal, dont la campagne de 2006-2007 était enthousiasmante. Toutefois, elle n’a pas réussi à mon sens, à combler ses lacunes notamment sur la question de la crédibilité et de la clarté. Deux éléments aujourd’hui rédhibitoires pour moi.

En deuxième position ex aequo, ma préférence va aux deux jeunes lions Arnaud Montebourg et Manuel Valls. La thématique développée par le président du Conseil Général de Saône-et-Loire est intéressante. Mais son parcours personnel est sinueux et heurté. Serait-ce une grande envolée lyrique de plus ? Je reste partagé sur sa sincérité, d’autant plus que ses propositions ne paraissent pas toutes applicables. Ainsi, si l’on me forçait à choisir entre les deux, j’accorderais un léger avantage à Manuel Valls, qui a plus d’avenir et apparaît plus structuré. Ses projets sont depuis longtemps en accord avec ceux de la troisième voie européenne.

A mon sens, François Hollande sera un bon Premier Ministre, avec des qualités proches de celles d’Edouard Herriot : solidité, réalisme et lien fort avec le pays.

Enfin, mes positions ne sont pas toutes en accord avec François Hollande mais c’est le seul pour lequel je pourrais faire l’effort de me déplacer aujourd’hui. Brillant énarque et major d’HEC, c’est un homme de conciliation qui prend en compte toute la complexité de la situation politique et a su marquer sa carrière politique du sceau de la continuité. Il apparaît déterminé dans sa volonté de gouverner et riche d’une expérience forte acquise à son poste de premier secrétaire.

Toutefois, il m’apparaît tout de même qu’il manque à tous ces candidats « un petit quelque chose » pour pouvoir exercer la fonction suprême et c’est donc plutôt un leader de la gauche que nous allons désigner pour les années à venir. Aussi, pensant toujours que la gauche est historiquement dépassée depuis l’effondrement de l’Union Soviétique et que la crise de la dette renforce cette situation, je continue à parier sur un second tour Bayrou – Sarkozy.


12
juil 11

Rôle de ce blog

Début des vacances. Les miennes seront simples et se dérouleront en famille dans le sud-ouest de la France, comme d’habitude. Je dois dire que je n’ai jamais été attiré par les alléchants voyages à l’autre bout de la planète que nous ventent les compagnies low cost ou que me racontent mes amis. Ce moment de l’été est avant tout pour moi l’occasion d’un temps de repos et de transition. Il s’agit de clore les dossiers engagés pendant l’année qui se termine et de reprendre du souffle pour celle qui vient afin de repartir sur des bases solides. Le temps du repos n’est pas celui de l’oisiveté mais celui qui permet justement de se préparer psychologiquement, intellectuellement et physiquement aux échéances à venir afin de les aborder aisément.

J’aurai le temps de revenir sur mon rapport au voyage, à la distance et à l’étranger dans de prochains billets (et de montrer en quoi les moyens modernes de communication ringardisent le nomadisme à-tout-va promu par la mondialisation). Mais je veux utiliser celui-ci afin d’aborder ma manière d’écrire et ma conception de ce blog.

Je trouve que l’interaction, pour être fructueuse, ne doit intervenir que quand un corpus de réflexion est solidement établi. Aussi, contrairement à beaucoup, je ne crois pas totalement à l’intelligence collective. Aller chercher une information sur internet, c’est bien. Tomber dans le bavardage incessant et voir ses propos immédiatement commentés par des gens de tous niveaux et de toutes humeurs, c’est peu utile et relativement insupportable. Ainsi, pour ce blog, au moins dans un premier temps, je ne chercherai pas le commentaire ou la publicité et je ne m’obligerai pas à la réponse directe.

Le droit de rectification pour relever le défi de la procrastination auquel nombre de blogueurs sont confrontés.

Aussi, l’objectif de ce blog n’est pas de prendre date chaque jour de l’évolution de mes choix et réflexions. Dans une société numérique où chacun peut à chaque instant dévoiler sa pensée à tout le monde, les positions que l’on développe ponctuellement et que l’on ne reprend pas sur une longue période ne sont pas vraiment nos positions. Le mode de construction de la pensée comme un accès différencié à la connaissance ou aux outils de publication rendent nécessaire un véritable « droit de rectification permanent », surtout dans le processus de conscientisation et de matérialisation de ma pensée confrontée à mes différentes expériences que je veux m’imposer. Je me permettrai donc de revenir et de corriger mes billets pour les améliorer mes billets sur tous les plans (ajout de titres, de photos, changement de certaines phrases, précisions).

Finalement, la force d’une pensée, c’est justement qu’elle se constitue dans la durée. L’objectif de ce blog sera donc pour moi de développer mes positions politiques et de mettre sur le papier mon identité intellectuelle. Je vous invite donc à ne pas vous attarder sur les petites phrases, à recevoir ma pensée dans sa globalité et à m’accorder le bénéfice de la sincérité. Croyez, en retour, au caractère positif, constructif et raisonné de mes intentions.


11
juil 11

De l’actualité des principes politiques d’Edgar Faure ou comment construire un projet de consensus

L’Histoire est une discipline en déclin dans les études générales. Au lycée, elle n’est plus enseignée en Terminale S. Dans les grandes écoles, on y préfère le management et la conduite du changement. A l’université, son succès fait qu’on la considère un peu comme une voie de garage, au même titre que la sociologie ou que la psychologie.

Je pense néanmoins qu’elle est toujours très utile et qu’une bonne connaissance de l’Histoire est un atout majeur pour le citoyen comme pour le responsable politique. Sur ce plan là, des personnages comme François Hollande ou François Bayrou semblent largement mieux armés que Jean-Louis Borloo ou Nicolas Sarkozy. Aussi, je suis convaincu que l’engouement de notre génération pour les Sciences Sociales est un choix judicieux que nous effectuons autant pour nous que pour la société en général ou les entreprises qui vont nous accueillir.

Mais, si j’évoque cette question c’est parce que je suis en pleine RElecture (RE en majuscule car je l’ai déjà lu POUR DE VRAI ah ah) du premier tome des Mémoires d’Edgar Faure (oui, je ne vous ai pas encore avoué ma passion pour les vieux livres politiques, cela pourra faire l’objet d’un prochain billet) et je voudrais vous dire à quel point j’y trouve des principes politiques forts et toujours d’actualité. En voici quelques uns :

- « Avoir toujours raison… c’est un grand tort ». C’est le sous-titre de l’ouvrage.

- « Il suffit de laisser deux hommes approfondir une question quelconque, indépendamment l’un de l’autre. A condition de pousser assez avant le processus de recherche, ils parviendront à un accord que nulle recherche ultérieure ne mettra en cause. » Une citation de Ch. S. Peirce issue de The Logic of Discovery en exergue de la partie V du prologue.

- « Je ne voyais pas pourquoi il serait interdit de prélever dans chaque programme ce qu’il avait de bon et de rejeter le reste. Pourquoi attacher ensemble tous les problèmes comme des casseroles à la queue d’un chien ? » Phrase d’Edgar Faure issue du paragraphe 4 de la partie V du prologue.

- « Je fis remarquer à mes amis littéraires que le premier numéro d’une revue faisait toujours ses frais. D’où la conclusion logique : une revue qui ne publierait que des premiers numéros. … Le Cancrelat ne fit qu’un seul numéro. C’était bien le destin que nous lui avions assigné. » Phrase issue de la fin du prologue.

Je pourrais en extraire des dizaines. Mais arrêtons nous là. Le quatrième principe est un simple retour sur la bêtise du mécanisme de la société de consommation basé sur la publicité, mécanisme selon lequel les gens se ruent sur le nouveau pour la seule raison qu’il est nouveau et au nom duquel ceux qui savent bien vendre leur produit sont plus reconnus que ceux qui se concentrent uniquement sur la production artistique ou intellectuelle – d’où mon intention de faire très peu de réclam’ autour de ce blog.

Mais les trois premiers m’apparaissent fortement liés entre eux en tant qu’ils touchent à la liberté d’expression, à l’établissement d’un consensus politique et à la mise en place de solutions efficaces.

Le premier évoque la nécessaire liberté de parole dont doit jouir chacun – et en particulier le responsable politique – dans une société démocratique. Ce n’est pas elle qui est à la source des tensions, des positions extrémistes et des propos provocateurs de certains. C’est au contraire parce qu’il est interdit ou difficile d’aborder librement certains sujets sans faire l’objet de durables anathèmes et autres fatwa que le conflit s’enracine, se structure et s’envenime. Crever des abcés (communautaires), c’est un sale boulot, auquel nous sommes aujourd’hui confrontés, faute d’avoir pris les problèmes à la racine et d’avoir répondu à une crise qui, il y a quelques années encore, était avant tout sociale et territoriale.

Le deuxième revient sur la méthode nécessaire à l’établissement d’un consensus politique. Le consensus n’est pas la réunion de projets politiques auparavant opposés. Il ne se bâtit pas dans un entre-deux-tours par une série de réunions de négociation permettant de reprendre des extraits des programmes de chaque candidat au pro rata des suffrages qu’il a reçu. Pour résumer, on pourrait dire qu’il n’est pas le fruit d’un rapport de forces pacifié.

Enfin, le troisième éclaire la construction d’un projet de solutions et de consensus dans une société où régne la liberté d’expression. Celle-ci doit être basée sur la raison, l’analyse des problèmes dans toute leur complexité et il peut être le fruit de la réflexion d’un seul homme ou d’une seule équipe.

Si l’on voulait en revenir à l’histoire politique, on verrait dans ces principes – au-delà d’une langue commune et de l’appartenance à un même parti – des différences trés marquées avec la méthode et donc le positionnement politique de Pierre Mendès France. Et donc leur brouille au milieu de leur vie puis leurs chemins différents sous la Vème République, l’un en compagnon du gaullisme, l’autre de François Mitterrand.


11
juil 11

Quelle critique du Front National ?

Je crois aux idées nationales et républicaines et je veux aujourd’hui revenir sur la question du Front National. Ainsi : le Front National défend-t-il bien ces idées ?

Pour moi, Marine et Jean-Marie, ce n’est pas « blanc bonnet – bonnet blanc ».

En premier lieu, je crois que la critique morale du FN ne tient plus. Jean-Marie Le Pen a tenu et assumé des propos antisémites. Sa fille ne partage pas ces positions et a fait preuve de fermeté sur l’exclusion des militants photographiés en faisant le salut nazi.

Deuxièmement, je pense que la critique du programme résumée par la formule « Le FN pose de bonnes questions mais apporte de mauvaises solutions » portée par Jean-François Copé n’est pas suffisante. Les Français n’y seront pas sensibles longtemps pour deux raisons. D’abord, tous ne vont pas sur Internet regarder le détail des programmes. Ensuite, beaucoup ne croient plus les commentateurs politiques qui annoncent la catastrophe si Le Pen est élu car ils estiment que c’est cette même élite qui les a déjà conduit à la crise financière en 2008 et qui poursuit son travail avec la Grèce aujourd’hui et d’autres – peut-être nous – demain.

Alors, quelle critique pertinente du FN ? Non pas « parce qu’il en faut bien une », mais parce qu’elle est fondée et qu’elle est susceptible de trouver une audience, je pense que nous pouvons combattre le Front National sur le terrain idéologique. La question de l’identité nationale est bien la question centrale du pays. Mais la définition qu’en donne le FN n’est pas la bonne. Ce n’est pas par des affirmations péremptoires que nous pourrons la résoudre. Ce n’est pas non plus en laissant le champ libre à toutes les affirmations communautaires. C’est au contraire en instaurant un dialogue à tous les étages et des procédures concrètes comme le service civique que nous pourrons y faire face.


29
juin 11

Comment la gauche a abandonné la Nation et le Progrès

En à peine 20 ans, la gauche a réussi à abandonner à la fois la nation et le progrés. Triste Exploit.

En 1980, quand François Mitterrand est désigné par le Parti Socialiste comme candidat à la présidence de la République contre Michel Rocard, le Parti Socialiste choisit clairement de s’identifier au nationalisme de progrès refusant le consensus avec le capitalisme prôné par l’ancien leader du PSU. François Mitterrand incarne pleinement cette idéologie.

Le général Henri Giraud. Dans Une jeunesse française, Pierre Péan affirme que « l’action clandestine de François Mitterrand s’inscrit dans un giraudisme sans mélange ».

C’est d’abord un Homme viscéralement attaché à la France, comme sa jeunesse le démontre : son éducation familiale, ses engagements de jeunesse à la JEC puis aux Volontaires nationaux puis dans la résistance auprés d’Henri Giraud (futur co-président du CFLN avec De Gaulle) qui, prisonnier en Allemagne en septembre 1940, écrira : « Que les esprits soient à la hauteur de leur tâche. Qu’ils veuillent être Français totalement. Que personne ne s’expatrie des pays occupés ou temporairement détachés : il s’agit d’y maintenir la pensée française. Mais que personne n’hésite à s’expatrier si on lui offre à l’étranger une situation où il peut être utile à la France. Vous tous [...] rappelez-vous qu’une bourrasque passe mais que la Patrie reste. Une Nation vit quand elle veut vivre. » Un appel qui vaut bien celui de juin 1940.

Et puis Mitterrand, sûr de sa France, rencontrera plus tard les valeurs de progrès, déjà présentes en germe dans son catholicisme social : dans l’opposition au président de la République Charles de Gaulle et à ses successeurs puis à la tête du Parti Socialiste. Il donnera ainsi un juste alliage de nation et de progrés au PS.

Mais, c’est à partir des années 1990 que cela se gâte. Dans le contexte de l’époque, on peut encore comprendre le soutien de François Mitterrand à Maastricht : il pensait que l’Europe serait une France en grand, et beaucoup d’autres l’ont pensé avant lui (Victor Hugo par exemple). L’avenir lui a donné tort. Dont acte.

On doit toutefois condamner l’attitude suiviste (de la droite libérale) ensuite adoptée par Lionel Jospin et François Hollande sur les traités de Nice et de Lisbonne mais aussi sur la présence de la République en Corse.

Aujourd’hui, l’esprit de résistance a déserté la gauche française et nul doute que, dans quelques années, à l’image du Premier Ministre Grec Georges Papandréou, elle n’hésitera pas à sacrifier notre peuple sur l’autel des marchés financiers.

Comble de la dissolution, elle est aujourd’hui prise en main par toutes les minorités agissantes du communautarisme : de SOS Racisme aux queers, en passant par les trotskistes, nul doute qu’elle a trouvé là des combats à la hauteur de son délitement.


29
juin 11

Internet et les réseaux sociaux font de nous des micro-stars, et cela n’a pas que des avantages

Avec Google qui archive et rend accessible l’ensemble de ce que nous disons et de ce qui est dit sur nous sur Internet, et Facebook qui nous maintient en contact avec un réseau de pseudos-amis extrêmement large, nous sommes tous devenus des micro-célébrités. Bien sûr, nous sommes attachés à ces outils pour l’information qu’ils nous apportent. Mais pas seulement : des phénomènes d’addiction encourageants à la passivité ont à juste titre été décrits. Mais le plus grave est pour moi ce phénomène de starisation. D’abord, en ce que nous sommes de plus en plus tentés de nous mettre en scène sur Internet : adhésion à des idées qui ne nous ressemblent pas, adoption d’une forme de langage mainstream qui n’a jamais été le nôtre, ou encore soutien à des évènements, personnalités ou activités qui ne sont que celles de nos amis. Ensuite, parce que nous nous comportons nous-mêmes comme des badaux et des « fans » vis-à-vis de certains de nos « pseudos-amis ». Je veux le dire, je ne supporte plus ces gens qui me forcent la main via les réseaux sociaux pour que je sois leur ami avec des messages du genre « On se prend un café bientôt », messages d’ailleurs envoyés 10 fois et suivis de reproches parce que je ne répond pas ou encore en likant et commentant toutes mes publications. Mais foutez-moi la paix ! Et il y a pire encore : ceux qui transposent cette action dans la vie réelle et n’arrêtent pas de vous tomber dessus avec un grand sourire chaque fois qu’ils vous croisent ou vous harcèlent de coups de téléphone pendant quelques semaines. Je ne veux pas de votre amitié, vous m’avez compris ? Et pas de pourquoi, please !


26
juin 11

L’Alliance Républicaine, un parti opportuniste, au bon sens du terme

Aujourd’hui, c’est le lancement de l’Alliance, le nouveau parti de Jean-Louis Borloo. Comme souvent avec l’ancien ministre de l’écologie, on peine à le qualifier : Centriste ? Républicain ? Droite sociale ? Un seul mot ne reviens pas, qui est pourtant le plus juste : opportuniste.

Ce parti, prenant racine dans ce qu’il reste du Parti Radical Valoisien, est en fait l’héritier et le continuateur des opportunistes de la IIIème République : Léon Gambetta, Jules Ferry, Jules Grévy. Personne ne prononce ce mot aujourd’hui : les politiques ne le revendiquent pas car il a malheureusement pris une connotation péjorative, les journalistes ne l’appliquent pas car leur connaissance de l’histoire politique est certainement trop réduite. C’est pourtant triste car le mot est juste (l’analyse de Borloo est que pour faire passer des réformes de progrés, il faut être un cheval de Troie au sein du parti dominant, généralement la droite. Cela permet en outre de ne pas avoir à subir les pressions idéologiques présentes à gauche) et que le courant politique qu’il désigne est tout à fait noble (Ils ont été vilipendés par Victor Hugo, Edgar Quinet et les défenseurs de la Commune mais les fondateurs de la plus durable des républiques françaises, ce sont bien Thiers et Gambetta). J’approuve donc Borloo quand il dit que la création de ce parti marque la renaissance durable d’un courant politique qui va stabiliser les débats dans le pays.

Mais, je pense qu’en bon continuateur de Gambetta il sait bien que « les transactions seules peuvent amener des résultats » et qu’il va donc chercher à monnayer son retrait de la présidentielle contre le poste de Premier Ministre de Sarkozy pour son second mandat. Je pense que le président sera réélu et que Borloo y parviendra.


26
juin 11

Des signes objectifs d’amour de la France ?

Richard Millet, écrivain « légèrement » conservateur que j’ai découvert en 2005 en ayant à composer sur une de ses notes relatives au classicisme : « Classique jusqu’à l’ellipse de l’individu dans une gloire de langue. »

Premier jour de chaleur de l’année à St-Germain. Contrairement à beaucoup, je pense que ça ne durera pas vraiment. Début de journée : Je réécoute l’émission Répliques du 11 juin Au coeur de la France. Débat sur l’assimilation. Richard Millet s’attriste que des immigrés de 3ème génération s’appellent encore Mohammed et il rappelle que dans de telles situations on a le droit de demander un changement de nom.

Mon prénom est Français, c’est celui de l’évêque de Reims qui a baptisé Clovis et mon nom est à consonnance italienne. Peu importe, je me souviens que j’avais un tel amour de la France officielle qu’il y a quelques années encore, arrivant à Paris, je voulais m’appeler Georges ou Francois Cerrand : les prénoms pour tous les célèbres français qui les ont portés, le nom de famille pour sa désinence en -and, comme Chateaubriand.

Stendhal aurait dit de moi que j’avais « le défaut de tous les parvenus : celui de trop estimer la classe à laquelle ils sont arrivés. » Cela m’a un peu passé je dois dire, et mon lien avec le pays est moins impulsif. La classe dirigeante s’est peut être un peu avérée décevante.


29
mar 11

Politique des sexes et liberté du social

La semaine dernière à Sciences Po se déroulaient à la fois la Queer Week (semaine du genre et des sexualités) et le Crit’ (évènement sportif annuel au cours duquel les étudiants de tous les Instituts d’Etudes Politiques de France s’affrontent dans différentes épreuves). Le télescopage de ces deux évènements qui véhiculent une image de la sexualité et de l’érotisme apparemment opposées en tous points m’ont convaincu de rédiger un papier que je ruminais depuis longtemps sur la politique des sexes. Pour moi, toute politique a en effet partie liée avec la libido, à travers les processus cognitifs qui l’accompagnent et les sentiments qu’elle véhicule mais aussi du fait de ses conséquences économiques et sociales. Ce lien est amplifiée par le contexte de combat entre captation de l’attention par la télévision et possibilité d’expression par internet.

Revenons d’abord sur le Crit’. Il véhicule à travers ses affiches, ses pom pom girls à la communication toujours plus subtile, les sportifs qu’il met en scène et les soirées d’alcoolisme et de débauche qui l’accompagnent une image ultra-virilisée de l’homme et une représentation éculée de la femme-objet. Nous sommes là face à un premier modèle enfermant pour la sexualité de tout un chacun, le plus classique. Il s’agit de mettre en valeur des représentation idéalisées et figées de l’homme et de la femme et d’en faire un étalon pour le rapport au corps de chacun d’entre nous.

En instaurant ainsi une compétition entre les corps et les pratiques, on exclut toute une partie de la population de la possibilité érotique. En imposant des étiquettes et en conditionnant le discours des gens, on les met dans des cases et on empêche ce qui doit advenir de voir le jour.

Analysons ensuite les valeurs et représentations véhiculées par la théorie queer et ses avatars. Elle est l’exemple même d’une doctrine qui véhicule massivement ce que Bruno Latour appelle des « explications sociales ». On pourrait même parler d’ explications sociales « injonctives » ou « auto-réalisatrices ». Il y a, en premier lieu, l’homo et l’hétérosexualité (je mets l’ »homo » en premier puisque la catégorie « hétéro » n’existait pas avant l’invention de celle-là en 1869 par Benkert – les anthropologues, que j’approuve, affirment d’ailleurs qu’il n’y a jamais eu d’homosexualité à Athènes où on ne concevait pas les rapports entre Homme et Femme mais entre actif et passif, peu importe le sexe). Nous sommes là face à des catégories qui surplombent le social et le masque en le qualifiant. Car, qu’a-t-on dit de la sexualité de quelqu’un quand on l’a qualifié de gay, de bi, de lesbienne ou d’hétéro ? Pas grand chose à mon avis. Le droit à la différence est en fait une obligation de classement.

Pendule en vente sur un site anti queer aux États-Unis. (Je précise que je ne souscris pas à ces thèses, je dis juste qu’elles sont inopérantes. Mais le slogan « I’m not Queer, but I’m here. » est tout à fait juste dans ce cadre là.)

Autre exemple, la fille « libérée » et le « puceau ». Un témoignage et une anecdote viennent là à mon appui pour déconstruire ces catégories. Le témoignage est celui d’une jeune fille que l’on pourrait visiblement classer dans cette case et qui affirme : « l’on est aimées au-delà de la raison (permettez moi l’oxymore), comme un sage qui aurait « la réponse »" (réponse qu’elle nie bien sûr avoir). L’anecdote que je veux évoquer est un propos tenu par un jeune tunisien (Zied Boussen, des Jeunes Indépendants Démocrates) à qui l’on demandait lors du Tunislab ce que les Tunisiens connaissaient à la démocratie. Sa réponse a fait rire toute la salle : « La Tunisie a le même rapport qu’une vierge à la démocratie : ce n’est pas parce qu’elle n’a jamais pratiqué qu’elle ne sait rien sur le sujet. » Il touchait juste pour la Tunisie mais aussi pour la vierge. Les actes ne marquent pas une différence de nature dans l’expérience sexuelle qui est aussi conditionnée par l’imaginaire et la conscience de soi.

Je renvois dos à dos féminisme et machisme, tous ces concepts sont pauvres et empêche les libres associations dont les gens sont capables et qui mettent au premier plan les actes, l’imaginaire et les interactions.

Le sexe dans un sommeil profond

Une étude menée auprès de 5300 américains âgés de 15 à 24 ans en 2010 révèle les chiffres suivants : 28% d’entre eux n’ont jamais eu de rapports sexuels. Bien sûr, une partie de cette situation peut relever des campagnes des associations conservatrices qui prônent l’abstinence jusqu’au mariage.

Mais, cette explication n’est pas suffisante. Selon moi, une partie des jeunes américains n’aiment pas le sexe. Ce n’est pas une absence de volonté abstraite. C’est une absence de désir. Ni homo, ni hétéro, ni trans, ni une fois par jour, ni une fois par mois, ni avec une bombe, ni avec une moche. Non, vraiment rien de tout ça. Preuve de cela, la montée du mouvement A. Les membres de cette communauté ne refusent pas l’acte sexuel, ni pour des raisons morales ni par dégoût. Aussi, ils reconnaissent avoir des attirances intellectuelles ou esthétiques. Toutefois, ils révèlent avec clarté qu’ils n’ont jamais ressenti d’attirance sexuelle, territoire qui leur paraît complètement étranger.

Couverture d’un roman sur une jeune femme qui ne ressent pas l’envie de faire l’amour.

Pour moi, la saturation de l’espace du discours par les deux conceptions décrites au début de cet article, est un motif de souffrance sociale pour ces personnes dont la situation relève à la fois d’un choix et d’un déterminisme qu’elles ne veulent pas combattre. Leur entourage mettra toujours en doute leur possible coming out : « Mais tu es sûr ? Ce n’est pas possible ? Ah, tu n’as pas trouvé la bonne personne ! » Il posera aussi une infinité de questions tant ce phénomène est inconnu. Et puis deux sorties seront possible : soit l’entourage arrive à conscientiser la situation de la personne (s’apercevant bien qu’ils ne l’ont jamais vu avec personne ou évoquer une histoire sexuelle et ne se fourvoyant pas dans l’illusion des arrières mondes) soit et ce sera souvent le cas, on passera à un autre sujet (ce qui n’est d’ailleurs pas forcément négatif car cela a aussi l’avantage de ne pas enfermer la personne dans une catégorie qui pour elle peut n’être qu’un lieu de passage).

Mais revenons aussi sur les causes. Je pense tout d’abord que les phénomènes addictifs à l’informatique et à Internet participent à la désactivation de leur libido. L’attraction créée par l’ordinateur nourrit une partie de leurs processus cognitifs et cette satisfaction facile, dans la mesure où elle pose un cadre rassurant leur apparaît comme un refuge dans un monde qu’ils voient comme risqué et incertain.

En France, on pourrait ajouter une autre cause : le taux de divorce des parents. Beaucoup des membres de la génération de l’enfant-roi n’a pas pu entièrement vivre la phase structurante du rapport à 3 Père-Mère-Enfant. Il en résulte une difficulté à concevoir l’inclusion de la relation à 2 dans le monde (le tiers). Les travaux de Luc Ferry, qui dans son dernier ouvrage, en appelle à un humanisme de l’amour sont particulièrement intéressants sur ce sujet.