(Article initialement publié sur newsring.fr dans le cadre d’un débat intitulé « La culture générale est-elle devenue inutile ? ».)
La suppression de l’épreuve de culture générale au concours d’entrée à Sciences Po a relancé un vif débat autour de la place de la culture générale dans le système scolaire et plus largement, dans la société. Cette place est à mon sens essentielle et vous ne trouverez que des gens cultivés et bénéficiant de hautes positions sociales pour vous dire le contraire. C’est bien pour eux le meilleur des moyens pour protéger leur pré carré. C’est aussi le plus pervers.
La culture générale, c’est d’abord un plaisir. Pour mes soirées, je préfère aller à au théâtre que me taper trois « Enquêtes exclusives » sur Direct 8 (un sur les gangs dans les métros, la deuxième sur les diseuses de bonnes aventures, la troisième sur les nouvelles formes de prostitution). Mais pour apprécier le théâtre, encore faut-il avoir un certain bagage et un maximum de bases. La culture générale c’est donc d’abord un certain socle de connaissances théoriques, indispensable pour faire partie d’une certaine société. Mon père ne connaissant qu’un seul écrivain (Soljenitsyne – celui-ci n’étant pas d’ailleurs un écrivain mais plutôt un témoin), c’est l’école qui m’a permis d’emmagasiner ce bagage.
Mais la culture générale n’est pas qu’affaire de connaissance, elle est aussi affaire d’assimilation. C’est une chose que d’avoir un vernis pour briller en société. C’en est une autre de vivre « sa » culture générale, de développer un regard critique sur elle. C’est le temps et les rencontres qui permettent de forger cette vision. La culture générale est un paradigme bien plus fort est bien plus grand que « l’orientation » pour celui qui veut réussir. J’ai 22 ans, je suis diplômé de Sciences Po Paris, je n’ai aucun projet professionnel et j’espère ne jamais en avoir. Bien sûr, j’ai « bullshit-er » trois tonnes de projets de toutes les couleurs pour répondre aux différentes demandes de l’admirable administration de l’Institut d’Etudes Politiques, au cours de ma scolarité. Bien sûr, je prépare globalement des épreuves afin de devenir avocat. Mais, au-delà, je ne veux pas me définir par tel ou tel cabinet prestigieux, pour un jour être affublé de ridicules titres tels que « Junior Consultant » ou « Partner ». Les plus beaux titres sont ceux que l’on s’accorde soi-même. Et la réussite, elle est aussi affaire de rencontres. Il y a quelques mois, après la lecture d’un trés symptomatique article de la directrice de l’Ecole de Journalisme de Sciences Po (http://blog.slate.fr/labo-
La culture générale, somme des éléments de langage d’une certaine société, est aussi, avec le caractère, la plus solide des armes pour réussir dans la vie. Elle est une capacité pour démasquer les impostures et sortir des sentiers battus. Depuis des mois, toutes les télés nous rabattent les oreilles avec « LA CRISE ». Du coup, 91 % des Français se déclarent inquiets ou résignés. Mais si vous n’aimez pas le chocolat, et que je vous dis que 99 % des Français aiment le chocolat, allez-vous pour autant vous mettre à en manger ? J’espère que non. La culture générale, c’est aussi ce qui vous donnera la force de comprendre qu’une crise peut être un formidable moment d’opportunités pour ceux sortent des sentiers battus. Et si on considère que la culture offerte à l’école ne permet pas suffisamment de faire face à la vie, au lieu de la supprimer, élargissons là ! La culture juridique fait elle aussi partie de la culture générale. En ce moment, beaucoup de gens ont du mal à trouver un logement à Paris. La plupart du temps, parce qu’ils n’ont pas les bulletins de salaire nécessaires (au moins le triple du loyer) pour obtenir le logement. Hors, en se serrant la ceinture, ils pourraient payer ce logement (et puis tout n’est peut être pas sur le bulletin
). Eh bien, s’ils avaient un minimum de culture juridique, ils ne se priveraient pas de donner à l’agence, un bulletin légèrement bidonné. Eh oui, l’usage du faux n’est pas en soi condamnée dans ce cas là. Encore faut-il créer un préjudice (ne pas payer le loyer par exemple) ! S’ils n’ont pas de culture juridique, ils peuvent toujours attendre que Jeudi Noir libère les centaines de milliers de logement inoccupés à Paris
Autant dormir dehors !
Et pour terminer sur cette faculté qu’à la culture générale d’aider les citoyens à conquérir leur indépendance sous toutes ses formes, je citerai ce dialogue de Jean Giono, dans Le Bonheur fou :
» – Nous voulons de la place au soleil.
- C’est normal, mon garçon. Alors, fais du soleil au lieu de chercher à faire de la place. »








